Respect ou Tolérance ?

La dimension philosophique n’est jamais très loin de la dimension thérapeutique. En effet, comment respecter la personne humaine en occultant ce qu’elle est?

Le mot tolérance est aujourd’hui sur toutes les lèvres, dans les médias, dans les discours politiques, et dans les propos de nos clients. Ce mot vient petit à petit remplacer le mot respect, comme un synonyme et devient chez certains une valeur. Pourtant la confusion entre ces deux mots peut s’avérer source de conflits internes et renforcer la difficulté à sortir d’une situation problématique. « Mal nommer les choses ajoute au malheur du monde. » affirmait Camus aussi est-il important de replacer chacun de ces termes dans leur véritable signification.

La tolérance s’adresse à des actes mauvais. On tolère quelque chose qui ne convient pas, qui n’est pas bon, afin d’éviter un mal plus important. Ainsi lorsqu’un enfant fait mal un travail nous pouvons parfois le tolérer pour ne pas lui imposer un niveau trop important qui le mettrait en échec. On tolère parfois certaines simplifications dans le raisonnement car rentrer dans le détail rendrait cela plus complexe. On peut tolérer un retard de train dans certaines limites. En tout état de cause on ne tolère pas un bien. Un bien on l’accepte, on l’approuve, on l’encourage. Retenons donc que la tolérance s’applique à une chose ou à un acte mauvais ou tout au moins pas bon en soi. Il est certaines choses, certains actes intolérables, or si la tolérance devient un principe, une valeur, nous nous interdisons de les poser comme tels car nous croyons alors que nous jugeons les personnes.

Le respect provient d’un mot latin qui signifie « égard, considération » lui-même dérivé d’un mot signifiant « regarder en arrière ». Lorsqu’il est appliqué à l’être humain, il implique de traiter chaque être humain avec considération du fait même qu’il est humain et au delà de ses propres actes. On traite la personne avec « considération » car on « regarde en arrière, en amont » de son acte, en arrière de ce qu’il nous présente à travers ses actions, pour découvrir ce qu’il est réellement, sa dignité intrinsèque à sa nature. Pour respecter correctement une personne il est nécessaire de faire la distinction entre ce qu’elle est et ce qu’elle fait. Et c’est au nom de cette distinction que l’on peut considérer un acte mauvais sans pour autant juger la personne. Et c’est au contraire faire preuve d’un profond respect pour la personne que de lui exprimer notre désaccord sur son acte, car cela implique que nous ne le confondons pas avec lui

La disparition du respect au profit de la tolérance implique subrepticement la confusion entre l’acte et la personne. S’il y a des choses intolérables, toute personne, sans exception, est digne de respect. Rappelons-nous ce présupposé de PNL : « Ton attitude n’est pas ce que tu es, tu n’es pas ce que tu fais« . Pour l’appliquer, nous avons besoin de ré-apprivoiser le mot respect.

Certains se demanderont en quoi cette petite discussion est en lien avec notre travail thérapeutique?

Peut-être n’avez vous jamais ressenti ce sentiment de dévalorisation lorsque vous avez eu une réaction qui ne vous semble pas correcte.

Peut-être n’avez vous jamais rencontré de ces personnes dont l’estime de soi est proche du zéro absolu vous expliquant que ce qu’elles ont fait ne vaut rien.

Pour ma part, j’ai croisé beaucoup de ces belles personnes qui imaginent ne pas être dignes de respect car elles estiment leurs actes intolérables. Cette confusion est très répandue.

Le langage participe à la construction de notre carte du monde l’enrichir c’est agrandir cette carte et ouvrir le champ des possibles. N’est-ce pas là l’essence de notre travail thérapeutique?

« Lorsque les mots perdent leur sens les gens perdent leur liberté » disait Confucius alors redonnons leurs sens aux mots pour redonner de la liberté aux personnes.